Greg Kadel rend hommage à Robert Longo

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Photographe de mode américain Greg Kadel partage sa vie entre Paris, New-York et Londres.

Après avoir étudié la biologie marine et le « Fine Art », il se prend de passion pour la photographie et la réalisation de courts métrage.

Cet été, il a rendu hommage au travail de l’artiste américain Robert Longo. Ce dernier avait été révélé au public dans les années 80 pour sa fameuse série Men in the Cities, composée de grands dessins au fusain représentant des hommes et des femmes adoptant des positions contorsionnées et contraires.

 

Extrait de la série. Men in the Cities. Robert Longo

Extrait de la série. Men in the Cities. Robert Longo

 

C’est de cette série que Greg Kadel a tiré son inspiration en lui rendant hommage avec de magnifiques photographies de mode. Coup de cœur de la rentrée.

 

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Maine ou 4 femmes au bord de la crise de nerfs

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Lisez Maine et retrouvez-vous, sans rien avoir demandé à personne, au cœur de querelles familiales et de rancœurs vieilles de plus de 50 ans. Ceux qui ont vu la pièce de théâtre ou le film « Un été à Osage County » dans lequel Meryl Streep campe admirablement une vieille mère de famille acariâtre, reconnaitront tout de suite l’ambiance tendue du film et quelques similitudes. Là encore le père de famille, véritable patriarche, est décédé et là encore, les femmes défendent leurs intérêts becs et ongles et dévoilent leurs plus belles langues de vipères.

4 femmes au bord de la crise de nerf. La grand-mère Alice, la fille Kathleen (la plus détestée car la préférée du père), la petite-fille Maggie (fille de Kathleen) et la belle-fille Ann Marie (trop parfaite mère de famille) se retrouvent quelques jours dans le cottage familial.

Alors qu’elles ne se voient plus, ou presque, les quatre femmes – trois générations de femmes issues de la même famille d’immigrés irlandais mais aux profils complètements opposés – vont devoir séjourner ensemble.

L’auteur se joue de ses personnages qui se donnent la réplique de chapitre en chapitre pour décortiquer et révéler des secrets familiaux, des culpabilités, des frustrations et des regrets. J. Courtney Sullivan retranscrit à merveille les rancœurs, les non-dits et surtout ces fameuses apparences trompeuses et attitudes que l’on adopte pour faire bonne figure et éviter le conflit avec les proches.

Courtney Sullivan dresse quatre portraits de femmes dont certains portent plus à rire que d’autres. On apprend pourquoi la grand-mère, Alice, fervente catholique qui cache une violence mal contrôlée est une vieille carne ; on se lie d’amitié avec Maggie la petite-fille, la fille artiste de la famille soudainement mère célibataire; on compatit pour Kathleen, divorcée et ancienne alcoolique, qui se jette corps et âme dans un élevage de vers pour fabriquer de l’engrais ; et on se moque avant de prendre en pitié Ann Marie, la parfaite « desperate housewife » américaine pour qui, les jeux concours de maison de poupée donnent un sens à sa vie.

Maine dresse le portrait de ces femmes enchainées les unes aux autres. Des femmes avec leurs parts d’ombre, leurs névroses et leurs faiblesses mais finalement, des femmes qui sont toutes des héroïnes touchantes à leur manière.

Même si l’on frôle parfois la caricature, on a du mal à lâcher ce pavé qui comporte tout de même quelques longueurs. Si ce n’est pas le bouquin du siècle, il reste un bon livre de vacances, à l’écriture fluide,  à emmener partout avec soi, sur la plage et au jardin.

In Search of Dean Petty

Pour se remonter le moral à la rentrée, on ne se lasse pas de regarder en boucle ce court- métrage poétique et lyrique. Envoûtant avec sa musique mélancolique (Sinuses signée Caribou), ‘In Search of Dean Petty’, a été entièrement réalisé avec un Kodak Tri-X Super 8.

Un résultat bluffant pour un court-métrage empreint de nostalgie.

Pour le réaliser, le photographe Kealan Shilling (que vous pouvez aussi suivre son compte Instagram), est revenu dans la région du Canada où il a grandi, à Nova Scotia, plus exactement à Cow Bay, petite bourgade perdue de bord de mer, où se pratique le surf à longueur de journée.

Le court-métrage d’à peine 5 minutes, emporte le spectateur avec lui pour une balade sur les chemins embrumés bordés de pins qui se termine dans la mer, sur la planche du surfeur.

Je ne sais pas si c’est plutôt la musique ou la séquence d’images en noir et blanc qui m’a séduite pour retenir cette vidéo pour le blog, ou tout simplement l’aura de bien-être et de liberté qui s’en dégage.

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Sukkwan Island

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Dans un huis clos angoissant, David Vann fait monter la pression et tient le lecteur en haleine dans un drame au cœur des relations père-fils.

Jim, après une succession d’échecs personnels, décide de vivre une année sur une île sauvage isolée au sud de l’Alaska, avec son fils Roy qu’il connaît mal. Ce qui devait être l’occasion de prendre un nouveau départ, se transforme rapidement en un séjour cauchemardesque où la situation devient vite incontrôlable.

A la façon de Shinning, l’auteur montre page après page les défaillances du père ; au point que l’on angoisse de lire les lignes suivantes. Très vite, rien ne se passe comme prévu et les prémisses du drame se font ressentir comme une fin inéluctable.

La folie grandissante du père qui ne cesse de sourire dans la journée avant de fondre en larmes chaque nuit, le fils qui se sent épié en permanence et l’atmosphère de l’île « il était impossible de dire où la pluie et le brouillard rejoignaient l’océan. (…) Les arbres alentours paraissaient en lambeaux » ; n’ont de cesse d’enfermer le lecteur dans un environnement étouffant et angoissant.

David Vann décrit avec une grande finesse la paranoïa d’un père qui « n’avait plus aucune patience envers les errements de son esprit » et qui se confie (peut-être trop ?) à son fils. La chape de plomb enferme l’adolescent dans une tourmente de l’esprit, un univers d’énigmes auquel il ne peut trouver toutes les réponses pour aider son père. Un père qui fut trop souvent absent, perdu dans sa passion pour les femmes, et qui cherche le réconfort et la reconnaissance auprès de son fils. Un père sans doute trop en demande auprès d’un fils déstabilisé par cette nouvelle relation père-fils inversée.

Il aura fallut plus de dix ans à David Vann pour faire aboutir Sukkwan Island. Un récit très lourd dont on ne sort pas indemne. Si la première partie du roman est très bien rythmée et embarque le lecteur, on peut reprocher un essoufflement dans la seconde partie que le rebondissement final peine à faire oublier.

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L’exception

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Audur Ava Olafsdottir

L’exception fait partie de ses romans dont on ne veut pas voir la dernière page se fermer et où chaque mot nous emporte un peu plus loin dans la poésie et l’ambiance polaire islandaise, à la fois terrifiante et magique.

Audur Ava Olafsdottir revient avec un roman un brin moins onirique et plus contemporain mais tout aussi poétique que Rosa Candida. Sur fond de froid hivernal islandais, dans une petite bourgade isolée, le vent balaie la mer et le cœur des habitants attachés à cette terre autant qu’à leurs proches.

Un soir de 31 décembre, Maria ne se doute pas encore qu’elle s’apprête à boire sa dernière coupe de champagne avec son mari. Folki va en effet lui révéler qu’il la quitte pour aller vivre à quelques encablures de là avec son collègue de travail, mathématicien de la théorie du chaos tout comme lui.

Bousculée par le sort, Maria se retrouve alors seule avec ses deux jumeaux d’à peine deux ans dans son petit appartement. Son destin bascule mais elle fait front. Ses interrogations et son incompréhension devant la nouvelle orientation sexuelle de son mari auraient pu lui faire perdre la face. Mais, c’était sans compter sur  la cocasserie de ses enfants, l’aide de son admirateur de la maison voisine, un jeune étudiant, et sur la bienveillance de Perla, sa voisine de l’entresol, véritable âme charitable. Cette dernière, bien que n’étant pas l’héroïne désignée par l’auteur, reste pour moi la véritable héroïne du roman. Co-auteur d’intrigues policières et conseillère conjugale, Perla, se moque bien de sa petite taille (elle est naine) et mène son monde à la baguette ne perdant jamais le nord. Ses conseils auprès de Maria s’échangent toujours contre une bonne part de gâteau, du pâté ou de la morue salée. Pleine d’humour et forte tête, Perla veille sur Maria comme un oiseau sur sa couvée.

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